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Semaine du 15 au 21 septembre

SEMAINE DU 15 AU 21 SEPTEMBRE

Tandis que le Labour préparait son congrès annuel, les perspectives semblaient de plus en plus sombres pour Gordon Brown : sondages alarmistes, contestation croissante et crise financière, laquelle paradoxalement pourrait lui accorder un répit. Le congrès des Libéraux-démocrates n’a pas eu de retentissement majeur dans la presse, précisément à cause des remous sur les marchés. La faillite de Lehman Brothers et les remous sur les places boursières ont en effet dominé les commentaires. Les journaux ont accueilli avec un optimisme prudent l’accord sur la constitution d’un gouvernement au Zimbabwe et se sont interrogés sur la situation en Irak après le départ du général Petraeus.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. La rébellion contre Gordon Brown

La contestation contre Gordon Brown s’est poursuivie avec la démission d’un deuxième membre du gouvernement, David Cairns, Ministre délégué pour l’Ecosse. Ce développement intervient après la démarche d’une douzaine de députés pour lancer une procédure visant au remplacement du dirigeant travailliste. La presse dénonce généralement ces « rebelles sans cause ».

L’éditorial du FINANCIAL TIMES titre sur ce thème et lance une mise en garde au parti travailliste : alors qu’ils sont préoccupés avant tout par la crise, les électeurs risquent de perdre patience et de punir aussi bien les rebelles que les partisans de M. Brown.

Peter Riddell du TIMES assure que le message transmis par M. Cairns est d’importance, même si le messager ne l’est pas : « Gordon Brown a perdu son autorité, et cela ne peut plus continuer ». Mais malheureusement pour le Premier Ministre, il est difficile de se réinventer et donner l’impression de nouveauté après tant d’années au gouvernement.

Le SUN est très sévère à l’égard du Labour : au lieu d’aider M. Brown à affronter la crise, les députés et les ministres se bagarrent. Non seulement ils font preuve de déloyauté à l’égard d’un dirigeant qu’ils ont choisi il y a un an, mais ils trahissent aussi une nation qui a besoin plus que jamais d’un gouvernement uni. Personne ne peut prévoir la gravité des événements, mais les mois à venir vont être difficiles. Les travaillistes doivent se décider une bonne fois pour toutes : soutenir le Premier Ministre ou se débarrasser de lui. « Mais le Royaume-Uni ne pardonnera jamais à un parti qui préfère détruire son leader plutôt que d’affronter les remous économiques les plus graves depuis la grande dépression ». Le DAILY MAIL renchérit : « assez, c’est assez. Cette guerre civile qui paralyse le gouvernement doit prendre fin ». Dans la même veine, l’INDEPENDENT qualifie « d’irresponsables » les travaillistes qui se querellent à propos de leur leader « alors que Rome est en train de brûler ».

La vulnérabilité de M. Brown, à la veille du congrès annuel du Labour, s’est trouvée encore accentuée par un sondage Ipsos MORI : les conservateurs franchissent la barre des 50% (avec 52% des intentions de vote) pour la première fois depuis les grandes années de Margaret Thatcher, laissant loin derrière les travaillistes avec 24%. Un autre sondage de l’INDEPENDENT auprès de la base travailliste montre que la majorité des militants (54%) souhaite un changement de leader.

2. Le congrès des Libéraux-démocrates

« Le Labour est fini, et nous sommes les seuls à pouvoir offrir une société plus équitable » : malgré les propos optimistes de Nick Clegg, le congrès du parti libéral-démocrate n’a pas eu de retombées spectaculaires dans la presse, davantage préoccupée par les remous au sein du Labour et la crise financière.

L’INDEPENDENT, plutôt favorable aux libéraux-démocrates, estime que le congrès a été « efficace » : « le jeune leader du parti a présenté des politiques distinctes… et s’est montré très persuasif ». Le GUARDIAN relève lui aussi un « débat intéressant sur la politique fiscale et sur les possibilités progressistes du libéralisme », mais ajoute que M. Clegg doit améliorer son discours : il doit abandonner les « platitudes », et surtout montrer qu’il ne copie pas David Cameron.

Le TIMES n’est pas convaincu : « les libéraux-démocrates continueront à être perçus comme un parti de protestation ». LE FINANCIAL TIMES, dans la même ligne, estime que les libéraux-démocrates, « comme les ballons captifs, si populaires à l’époque victorienne, n’iront jamais nulle part ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. La crise financière

Après la faillite de Lehman Brothers et la reprise de Merrill Lynch par Bank of America, la crise financière a touché le Royaume-Uni avec le rachat d’une des grandes banques (HBOS) par Lloyds TSB et fait la une des journaux tout au long de la semaine. La presse n’hésite pas à parler de cataclysme et estime la situation particulièrement inquiétante pour le Royaume-Uni.

C’est un échec du système bancaire, mais le Trésor américain « a pris une décision courageuse, très risquée, qui peut toutefois être payante », assure le FINANCIAL TIMES. Pour le journal, la faillite de Lehman Brothers va représenter un tournant : le moment où les banques ont dû enfin prendre la responsabilité de leurs imprudences.

Pour l’INDEPENDENT, une conclusion s’impose : le système financier doit être entièrement réformé et de nouvelles réglementations mises en application. Le TIMES s’inquiète des « faiblesses » de ce système, mais craint que « le climat de pessimisme n’amène tous les acteurs – consommateurs, banquiers, emprunteurs, producteurs, investisseurs – à faire de l’attentisme et que rien ne se passe précisément ».

Plusieurs journaux considèrent, à l’instar du GUARDIAN, que les risques sont particulièrement élevés pour le Royaume-Uni où « le secteur financier constitue une part plus importante de l’économie que dans les autres pays occidentaux ». La suppression de nombreux emplois dans la City aura des répercussions à Londres et dans toute la région du sud-est. Mais d’un mal peut venir un bien : la crise actuelle rend plus vraisemblable une baisse des taux d’intérêt par la Banque d’Angleterre et le retour à des pratiques bancaires plus traditionnelles.

« Nous allons tous payer le prix de cette crise » : dans la même ligne, le DAILY TELEGRAPH rappelle que le succès de l’économie britannique repose largement depuis 15 ans sur les services financiers. Que va-t-il se passer maintenant ? Comment compenser les pertes de rentrées fiscales ? Gordon Brown et Alistair Darling se sont-ils penchés sur la question ? « Il est vrai que si les marchés ont fortement baissé, ils ne se sont pas effondrés, et c’est un point positif. Si ce cataclysme aide à faire disparaître la mentalité de casino qui règne depuis 10 ans et à rétablir les valeurs et les pratiques bancaires traditionnelles, ce sera une bonne chose, mais cela prendra du temps. D’ici là, nous allons être fortement secoués ».

2. Le partage du pouvoir au Zimbabwe

La signature de l’accord pour le partage du pouvoir entre M. Mugabe et M. Tsvangirai au Zimbabwe suscite des réactions allant de l’optimisme prudent au scepticisme appuyé.

« Il aurait mieux valu que Robert Mugabe soit parti…Mais étant donné l’état du Zimbabwe, cet accord est aussi réaliste que possible », écrit l’éditorialiste de THE INDEPENDENT. Le journal estime nombreuses « les raisons d’être optimiste » : M. Tsvangirai a obtenu en fait de meilleures conditions qu’on ne le prévoyait. Le titre de Premier ministre représente un avantage psychologique, et seul le leader du MDC peut attirer l’aide et les investissements étrangers nécessaires à la relève du pays. « L’histoire est en train de changer ».

Le GUARDIAN souligne lui aussi les atouts de M. Tsvangirai : son parti a le contrôle de la police et c’est vital pour la tenue des élections dans deux ans. Il a également le contrôle des finances et c’est lui qui se chargera de la distribution de l’aide dans les régions les plus démunies. « Le Zanu ne sera plus en mesure d’affamer les villageois pour les soumettre, ce qui représente un changement considérable ». « La situation peut néanmoins tourner à l’aigre », conclut le journal sur une note plus pessimiste.

Le FINANCIAL TIMES se montre plus sceptique : si M. Mugabe et M. Tsvangirai ne peuvent pas coopérer, le Zimbabwe se retrouvera dans une impasse. Le partage du pouvoir entre le président et le Premier ministre reste imprécis. M. Mugabe n’exprime aucun remords et ses propos ne sont guère rassurants. Le MDC devrait diriger l’économie, mais c’est un calice empoisonné si la situation ne s’améliore pas rapidement. Il faudra notamment régler en priorité la question de l’hyper-inflation. Un tel programme nécessitera une aide importante de la communauté internationale. Mais celle-ci ne peut intervenir sans avoir de garanties. Les donateurs doivent décider entre l’urgence d’aider un régime fragile et la prudence, étant entendu que ce régime peut sombrer dans la corruption et les récriminations. « Plus M. Mugabe et ses proches conservent de pouvoir, plus les chances de succès seront faibles ».

« Les risques attachés à cet accord sont nombreux », renchérit David Blair dans le DAILY TELEGRAPH qui invite en conséquence le Royaume-Uni à ne pas accorder son soutien au nouveau gouvernement dans la précipitation : M. Tsvangirai doit établir son autorité, obtenir des résultats concrets et montrer qu’il est à la hauteur de sa tâche. Il doit pour cela donner aux agences humanitaires accès à toute la population, démettre de leurs fonctions le président de la Banque centrale et le chef de la police, et supprimer tous les lois répressives qui avaient permis à M. Mugabe de « sauver sa peau ».

3. La situation en Irak

Après avoir dirigé pendant 15 mois les forces américaines en Irak, le général Petraeus a quitté ses fonctions : il est généralement acclamé par la presse pour la nette réduction de la violence dans ce pays grâce au renforcement des troupes (« surge »), mais les commentateurs estiment que rien n’est encore réglé.

« Un général de notre temps » : l’éditorialiste du TIMES ne tarit pas d’éloges pour « celui qui a pacifié » une grande partie de l’Irak, et sauvé la fierté de l’armée américaine. Pour le journal, David Petraeus a toutes les qualités qu’il faut pour tenter la même action en Afghanistan.

L’INDEPENDENT s’incline également devant les « succès considérables » du général Petraeus qui a permis d’accroître la sécurité en Irak. Le journal s’interroge toutefois sur la suite : « la paix peut-elle survivre après le retrait des forces américaines ? Pour les Irakiens, les célébrations ne sont pas pour demain ».

Le GUARDIAN reprend certains de ces arguments : le général Petraeus a compris beaucoup de choses, notamment qu’il ne pourrait jamais y avoir de victoire militaire en Irak et qu’il fallait en réalité préparer le terrain pour une solution politique. C’est cela qui reste à faire. Le gouvernement irakien court le risque de pousser les Sunnites dans les bras d’Al Qaïda en refusant d’en engager suffisamment dans les forces de sécurité. Alors qu’il étend son pouvoir, M. Al Maliki pourrait également être tenté d’ignorer les appels des Américains qui lui recommandent d’inclure des dirigeants sunnites dans son gouvernement. Le conflit est décidément loin d’être réglé.

« Sans changement politique, l’amélioration de la sécurité ne durera pas », renchérit le FINANCIAL TIMES qui souligne lui aussi les risques de conflit entre Sunnites et Chiites et rappelle ceux posés par les tensions entre Arabes et Kurdes à propos des gisements de pétrole de Kirkuk. La sécurité est « fragile » et les progrès politiques ne doivent pas tarder, conclut le journal.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028