SEMAINE DU 1er AU 7 SEPTEMBRE
Les craintes d’une récession au Royaume-Uni ont largement dominé les commentaires de presse qui ont fait peu de cas des mesures de relance annoncées par Gordon Brown. Au chapitre international, les conclusions du sommet de Bruxelles sur la Géorgie ont divisé les journaux, qui ont par ailleurs exprimé des doutes sur les capacités du futur président du Pakistan. La visite de M. Sarkozy en Syrie a donné lieu à une couverture factuelle.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
Les mesures de relance du gouvernement
Les propos d’Alastair Darling sur la gravité de la situation économique appuyés par les sombres prévisions de l’OCDE – qui annonce une récession pour le Royaume-Uni – ont peut-être « torpillé » les mesures de relance de Gordon Brown. Mais pour les commentateurs, les maux du Labour réclament des remèdes plus énergiques.
« Les mesures annoncées par Gordon Brown sont un mauvais instrument pour relancer un gouvernement en train de sombrer », écrit l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH, qui poursuit : « il aurait fallu qu’il montre de l’audace et de la conviction pour regagner la confiance des électeurs. Au lieu d’un « big bang », le Premier Ministre nous présente un pétard mouillé ». L’exemption, pendant un an, des droits fiscaux sur l’achat des biens immeubles de moins de 175.000 livres sterling aidera un certain nombre d’acheteurs potentiels, mais ne relancera pas un marché moribond. Elle coûtera en revanche 600 millions de livres au Trésor qui semble incapable de dire d’où viendront les fonds. Où est la prudence dont M. Brown se vantait tant ? La dette publique atteint près de 25 milliards pour le premier trimestre de cette année, un record depuis 1946. « Un redressement de l’économie ne peut pas être espéré tant que le gouvernement n’a pas le courage de réduire ses dépenses et de vivre selon ses moyens ».
« Ce sont des fondations peu solides pour une politique immobilière », renchérit de FINANCIAL TIMES qui met le gouvernement en garde contre deux risques importants : il ne doit en aucune façon encourager les électeurs à croire qu’il peut contrôler le marché et il ne doit pas non plus recourir à des mesures populistes (« windfall tax ou hausse des impôts pour les plus hauts salaires) pour financer ses meures. « Cela permettrait certes de faire la différence entre les Tories et le Labour, mais ce serait une grave erreur ».
Le TIMES reproche au gouvernement « d’envoyer les mauvais signaux » : il n’a pas à intervenir pour stabiliser le marché immobilier. Les mesures annoncées cherchent à résoudre de faux problèmes. Dans la même ligne, le SUN estime qu’il faut attendre que le marché s’équilibre de lui-même à un niveau réaliste. Un point que reprennent à la fois le GUARDIAN et l’INDEPENDENT, soulignant qu’une poursuite de la baisse de l’immobilier constitue « le meilleur espoir ».
Au-delà des mesures de relance, plusieurs commentateurs considèrent que la déception à l’égard du Labour et de Gordon Brown est trop importante pour espérer un revirement. Pour Peter Riddell du TIMES, les électeurs restent sceptiques. Ils souhaitent des mesures pour aider les plus démunis et le marché de l’immobilier, mais pour la majorité ne pensent pas que cela améliorera réellement la situation économique. « Les Britanniques ne croient plus dans le gouvernement Brown et quoi que celui-ci dise ou fasse ne les fera probablement pas changer d’opinion ».
Polly Toynbee du GUARDIAN invite le parti travailliste à « prendre un gros risque » : se débarrasser de Gordon Brown pour pouvoir se renouveler. « Un parti mourant doit en effet être prêt à avaler un remède dangereux ».
Le DAILY EXPRESS va plus loin : « les combines de M. Brown ne tromperont personne. Le Premier ministre et son parti ne sauveront pas leur peau aux prochaines élections ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. La Géorgie et le sommet de Bruxelles
« L’Europe recule devant les sanctions » (DAILY TELEGRAPH, TIMES), « l’Union européenne se tire habilement d’une situation difficile » (THE INDEPENDENT) : la presse britannique se montre divisée sur le résultat du sommet de Bruxelles à propos de la Géorgie.
Les journaux conservateurs, appuyant la position de Gordon Brown, se déclarent franchement déçus. « L’Europe est trop timorée », titre l’éditorial du DAILY TELEGRAPH qui reproche à l’Union d’avoir laissé passer « la chance de présenter une détermination commune » face à cette crise. Le journal le regrette d’autant plus que « la Russie a autant besoin de l’Europe que cette dernière a besoin d’elle » et qu’il y a donc moyen d’exercer des pressions efficaces sur ce pays.
Le TIMES défend une ligne similaire : « une fois de plus, l’Europe a esquivé le problème », alors qu’elle aurait pu envoyer à Moscou un signal clair et ferme. « L’UE a, collectivement, du pouvoir sur la Russie car elle est son plus grand partenaire commercial ». Il faut espérer qu’elle va hausser le ton lors de la visite du président Sarkozy à Moscou. Bronwen Maddox, dans le même journal, assure que les dirigeants européens ont montré trop de mollesse et que la Russie se fait un plaisir « d’exploiter » leurs divisions.
Le SUN renchérit sur le même registre : « l’Europe est divisée face à l’intervention russe en Géorgie. Gordon Brown a raison de demander une révision radicale des relations commerciales de l’Union avec Moscou. Mais la France, au nom de l’Europe, dit non. Une fois de plus, les partisans de la reddition ont le dessus, et M. Poutine s’en amuse. Personne ne veut faire la guerre aux gangsters qui dirigent le Kremlin, mais l’Europe a appris à ses dépens que vouloir apaiser ceux qui vous intimident rend une guerre plus vraisemblable, plutôt que le contraire ».
Les autres journaux se montrent en revanche plus positifs. Le GUARDIAN (travailliste) estime que ce serait une erreur que de parler d’échec du sommet : les dirigeants européens se sont montrés prudents, mais ils se sont mis d’accord. Il ne s’agit pas d’une répétition du sommet de 2003 qui avait vu l’affrontement entre la vieille et la nouvelle Europe à propos de l’invasion en Irak. Les adversaires d’une intervention avaient alors vu juste : « ce n’est pas toujours un signe de faiblesse que de reculer devant la confrontation ». L’Union européenne est en train de s’éveiller aux réalités de la Russie moderne. Il y a beaucoup à craindre, mais il ne s’agit pas d’une lutte entre le bien et le mal, entre la démocratie libérale et l’autocratie. Le pire résultat pour l’Europe serait la division, mais une action spectaculaire qui n’aboutirait à rien serait tout aussi négative. Pour le moment, l’Union doit offrir de l’aide, des observateurs, une diplomatie détaillée et de la détermination. Il faudra sans doute que l’UE évalue avec précision la menace russe, mais le Conseil européen n’est pas la bonne enceinte pour cela.
L’INDEPENDENT assure que l’Union s’est fort bien sortie d’une situation délicate : elle a convaincu tous les Etats membres de l’importance de participer au sommet. Et si la déclaration finale représente un compromis, elle ne fait pas autant de concessions qu’il y paraît. « Le message envoyé de Bruxelles est clair : Moscou doit faire un choix, honorer ses engagements ou risquer l’isolement ».
2. Le Pakistan
La presse doute des qualités du futur président, Asif Ali Zardari, le veuf de Benazir Bhutto, qui a bénéficié de l’assassinat de son épouse, mais n’a pas sa popularité.
Bronwen Maddox, du TIMES, est particulièrement sceptique : « pour assurer sa victoire, Ali Zardari a abandonné certains principes chers à son épouse, notamment son soutien aux Etats-Unis ». Il a gagné les voix de trois des quatre assemblées provinciales (qui, avec le parlement national, élisent le président) en acceptant la réouverture de deux « madrassas » qui avaient été fermées à cause de leurs liens avec les extrémistes. Une telle démarche va saper la lutte contre le terrorisme. Pour la journaliste, le problème majeur du Pakistan reste cependant l’économie et, dans ce domaine, la réputation de M. Zardari est loin d’être impressionnante. Ses petits jeux politiques n’offrent pas de programme rassurant et il a tendance à ignorer l’avis des experts. « Ali Zardari a montré jusqu’à présent qu’il a davantage d’habileté pour prendre le pouvoir que pour sauver le Pakistan. Son passage à la présidence pourrait être bref ».
« Le Pakistan est en pleins remous, et l’homme qui va hériter de la situation n’inspire pas confiance », renchérit l’éditorial du DAILY TELEGRAPH, qui estime que M. Zardari « incarne la corruption et l’incompétence qui ont dominé le régime ces dix dernières années ». « Il va devoir se réinventer s’il veut justifier la confiance que le peuple a mise dans son parti. S’il échoue, l’armée pourrait se sentir tentée d’intervenir. Les enjeux sont donc élevés pour le Pakistan et les pays occidentaux », conclut le journal.
Simon Tisdall reconnaît que le Pakistan est à un stade critique : les islamistes ont gagné du terrain, et la guerre contre le terrorisme menée en coopération avec les Etats-Unis semble compromise. A cela s’ajoute une crise politique, consécutive à la démission du président Musharraf le mois dernier. Ali Zardari n’a aucune expérience du gouvernement. Or il disposera de pouvoirs énormes, et d’aucuns lui reprochent son arrogance, son ignorance, sa manie des copinages et son absence de programme. Ce type de jugement est peut-être prématuré. Deux facteurs pourraient déterminer l’efficacité du président : tout d’abord l’attitude des Etats-Unis qui n’a pour le moment pas pris position, et ensuite sa relation avec l’armée. S’il reste du bon côté des généraux, il pourra s’en sortir. Mais les critiques craignent que son habitude de vouloir trop en faire ne l’amène à entrer en conflit avec les militaires. C’est ce qui s’était passé avec le père de Benazir Bhutto, ancien président et Premier ministre, exécuté en 1979.
Les mêmes interrogations sont posées par le FINANCIAL TIMES : « les Etats-Unis sont ouverts à une coopération avec M. Zardari mais sont sceptiques sur ses capacités ». le journal souligne également l’importance de la relation entre le président et l’armée qui aura nécessairement un rôle essentiel dans la lutte contre les extrémistes.
III. AFFAIRES FRANCAISES
La visite de M. Sarkozy en Syrie
« Un pas de géant pour la Syrie qui signale un dégel des relations » : comme ses confrères, le GUARDIAN relève l’accueil réservé par Damas à M.Sarkozy. Le journal rappelle que le président de la République entend faire avancer le processus de paix entre Israël et la Syrie, mais estime qu’il devra persuader le président Assad de faire des concessions s’il souhaite que « les autres pays de l’Union suivent l’exemple de la France ».
Le FINANCIAL TIMES met en avant la « mise en garde » lancée par le président de la République à l’Iran, « une des plus explicites de la part d’un dirigeant occidental ». Il note également que « M. Sarkozy a utilisé ce voyage pour renforcer les liens économiques entre la France et la Syrie ». Le FT mentionne notamment les accords avec Total. Il avait évoqué à la veille de la visite les pourparlers en vue de la vente d’Airbus à Syrianair, soulignant le « caractère sensible » de la démarche, « particulièrement vis-à-vis de Washington » qui a mis en place un embargo commercial contre la Syrie. /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028