SEMAINE DU 22 AU 28 SEPTEMBRE
Le congrès du parti travailliste, qui a dominé les affaires britanniques, s’est achevé sur une note plus positive que prévu pour Gordon Brown. Au chapitre international, les grands titres se sont concentrés sur la crise financière et, plus tôt dans la semaine, sur l’attentat au Pakistan. La démission du président Mbeki a été accueillie avec prudence. Concernant la France, l’accord EDF/British Energy a divisé les commentateurs.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
Le congrès du parti travailliste
Gordon Brown a fait une bonne performance et rallié ses troupes. Mais s’il a convaincu le Labour et obtenu un répit, le Premier Ministre n’a probablement pas changé l’opinion des électeurs : telles sont les conclusions de la presse à l’issue d’un congrès travailliste qui s’est terminé sur une note moins sombre que prévu.
« Un discours combatif, bien articulé » : pour le FINANCIAL TIMES, M. Brown a convaincu le Labour qu’il devait le maintenir à sa tête. C’est aussi l’avis du DAILY TELEGRAPH qui salue « la performance impressionnante » du dirigeant travailliste : M. Brown « a appuyé sur tous les bons boutons ». « Le dirigeant que l’on disait en phase terminale a mis fin à toutes les rumeurs de rébellion ».
Jonathan Freedland du GUARDIAN assure pour sa part que M. Brown s’est montré « le leader dont le Labour rêvait, tel qu’il aurait dû se présenter il y a un an ». Simon Jenkins renchérit dans le même journal en soulignant que « ce discours n’est pas celui d’un homme qui a perdu ses ambitions et est prêt à quitter ses fonctions ».
Si l’INDEPENDENT relève également « l’habileté » de M. Brown (notamment en développant le thème de « l’équité » en période de crise financière et en dénonçant les forces « débridées » du libéralisme), il s’interroge, comme ses confrères, sur la réaction des électeurs : son discours n’a probablement pas ébranlé l’opinion. « Les sondages des semaines à venir seront cruciaux. Si les conservateurs gardent leur avance, M. Brown se retrouvera dans la même situation qu’avant. Les travaillistes, terrifiés à l’idée de perdre leur siège, iront à la recherche d’un nouveau leader ».
Et ce thème est récurrent dans la plupart des commentaires. L’éditorial du TIMES estime que rien n’a changé dans la crise que traverse le parti : personne n’a offert une idée de l’avenir. Même si aucun candidat à la succession ne s’est montré à l’horizon, les mêmes questions se posent : « Comment ? Quand ? Qui ? ».
Comme le TIMES, le FINANCIAL TIMES dénonce « l’absence de vision » de M. Brown : personne ne s’oppose à l’idée d’équité, mais cela ne suffit pas à faire une politique cohérente.
« Il est certain que le Premier Ministre n’a pas su expliquer pourquoi le Labour mériterait un quatrième mandat », renchérit le DAILY TELEGRAPH qui dénonce les promesses de M. Brown concernant le financement des services publics. Le SUN relève pour sa part les attaques lancées par le dirigeant travailliste contre les conservateurs - il a notamment accusé David Cameron d’opportunisme - et appelle donc ce dernier à réagir pour combler les lacunes de la politique conservatrice concernant l’Europe, la fiscalité, les dépenses publiques et la santé. Et de conclure : « S’il n’en fait rien, les accusations du Premier Ministre travailliste auront du poids ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. La crise financière
Le plan de sauvetage présenté par l’administration Bush, et dont l’adoption reste encore incertaine, a fait couler beaucoup d’encre dans la presse britannique qui juge ce plan inévitable compte tenu de la gravité de la crise financière. Certains observateurs émettent néanmoins des réserves.
Pour sa part, THE ECONOMIST est sans hésitation : « Ce plan n’est pas parfait, mais il est suffisamment bon et c’est le seul qui soit sur la table. Le Congrès doit l’adopter et au plus vite ». Le FINANCIAL TIMES partage cet avis tout en soulignant que l’on peut se poser des questions sur le plan Paulson. Pour le journal, les marchés ont certes besoin de nouvelles réglementations. Ils ont fait des erreurs, mais il faut les défendre. Ils représentent un « mécanisme précieux » qui fait ses preuves depuis 200 ans.
La presse travailliste ne manque pas de relever l’ironie de la situation : qu’un gouvernement convaincu de la supériorité du marché en vienne à demander un sauvetage d’une telle ampleur, admettant implicitement l’échec d’une certaine version du capitalisme. L’INDEPENDENT se félicite du rôle du Congrès qui a su se battre et a refusé d’accepter un plan avant de l’avoir étudié en détail. « Le système politique américain est bel et bien en vie, même si le système économique est en pleine crise », souligne le journal. Dans la même ligne, le GUARDIAN reconnaît que si le plan de M. Paulson cherche à régler un problème financier urgent, il revient au Congrès d’en assurer l’équité.
Le DAILY TELEGRAPH comprend la méfiance du Congrès face à l’ampleur des demandes de M. Paulson et du manque de clarté de ses propositions. Le journal estime que les prédictions alarmistes de M. Bush rendent inévitable la conclusion d’un accord. Il critique cependant vivement le président américain pour avoir attaqué les banquiers, tout en ignorant le rôle joué par les gouvernements dans le déclenchement de la crise.
2. Les attentats au Pakistan
L’attentat-suicide qui a détruit l’hôtel Marriott d’Islamabad a suscité une vive émotion dans les médias qui appellent le Pakistan à poursuivre sa lutte contre le terrorisme.
Il s’agit d’un « défi au gouvernement démocratique issu des élections de février dernier », souligne l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH qui craint pour « la survie de cette nation musulmane telle que nous la connaissons ». Pour le journal, il y a diverses raisons à la crise actuelle : la sympathie pour le Djihad parmi les forces de sécurité et la population, un ressentiment contre les Américains et la guerre contre le terrorisme, un besoin de promouvoir les Talibans pour faire contrepoids à l’Inde. Les derniers événements rappellent aux Pakistanais modérés qu’ils doivent se rallier derrière leur gouvernement. Il est certain que les Etats-Unis ont eu tort de mener des opérations au Pakistan car elles n’ont fait qu’encourager les extrémistes. Mais ce n’est pas une excuse pour renoncer à la guerre contre le terrorisme. Le Pakistan doit prendre son sort en mains.
L’INDEPENDENT assure que le Pakistan « est au bord de l’abîme ». Le journal est à la fois critique de « l’ambivalence » du gouvernement d’Islamabad et de l’approche unilatérale de Washington. Les perspectives d’avenir de ce pays sont plutôt « sombres » mais aucune amélioration ne peut être envisagée tant qu’il n’y aura pas de redressement économique : « c’est peut-être beaucoup demander, mais l’apport de fonds étrangers, en l’absence de toutes autres solutions, reste le seul espoir ».
Le TIMES pointe le Pakistan du doigt : les dirigeants politiques et militaires, à commencer par le général Zia ul-Hag et le général Musharraf, ont plié devant les islamistes, exploitant la religion pour asseoir leur autorité. Les gouvernements ont abdiqué toutes responsabilités concernant la fourniture des services de base (santé, éducation), pour se lancer dans la course à l’arme nucléaire. Le Pakistan n’a personne d’autre à blâmer. Le spectre de l’échec plane sur Islamabad. Les Islamistes devraient se souvenir de ce qui s’est produit en Algérie et en Tchétchénie. L’attentat du Marriott n’est peut-être que le début d’une vague de violence à venir. « Ce n’est pas le moment de faire des concessions à Al-Qaïda. Il faut au contraire l’écraser ».
« L’ennemi est tout près », renchérit le GUARDIAN qui, s’il critique le manque de cohérence de la stratégie américaine, estime que celle du gouvernement pakistanais n’est pas meilleure : les luttes tribales, les divisions créent un chaos qui fait la prospérité d’Al-Qaïda. La solution ne peut venir des Américains. « Ce sont les nouveaux dirigeants élus du Pakistan qui doivent répondre au défi de la menace propre à leur pays ».
3. La démission du président Mbeki
Des succès limités et la perspective d’une succession difficile : la démission du président Mbeki est accueillie sans regrets majeurs, mais la presse estime que l’arrivée éventuelle de M. Zuma, actuellement leader du Congrès national Africain (ANC), n’apporte pas nécessairement l’assurance d’un progrès.
« M. Mbeki part dignement » (TIMES), « Il fait sa sortie à point nommé » (INDEPENDENT) : pour la plupart des journaux, le président sud-africain n’a pas été à la hauteur des espoirs placés initialement en lui. Il a été décevant pour deux raisons importantes : son approche à l’égard du SIDA et son refus de condamner le régime de M. Mugabe.
« Peu de sud-Africains regretteront le départ de M. Mbeki », note à son tour le FINANCIAL TIMES qui dénonce lui aussi les « politiques désastreuses » sur le SIDA et le Zimbabwe, qui « ont offert sur un plateau » la présidence à M. Zuma. Le journal rappelle le passé « controversé » de ce dernier et les récentes accusations portées contre lui, et conclut qu’il va devoir apporter la preuve de sa capacité à agir dans l’intérêt du pays dans les six mois qui viennent.
Comme ses confrères, l’INDEPENDENT s’interroge sur les politiques « populistes » du nouveau leader de l’ANC. Mais il craint aussi la période d’intérim qui s’ouvre et qui ne fera qu’accroître « l’incertitude ». Mieux vaudrait, souligne le journal, avancer les élections prévues dans six mois.
III. AFFAIRES FRANCAISES
L’accord EDF/British Energy
Une « révolution nucléaire » (GUARDIAN), qui « suscite la colère » au Royaume-Uni (TIMES) et qui vaut au gouvernement travailliste de se faire accuser de « trahison » (DAILY MAIL) : le rachat de British Energy par EDF fait l’objet d’une controverse et divise la presse britannique.
Le FINANCIAL salue l’accord, « la meilleure façon pour le Royaume-Uni de relancer une industrie qu’il a négligée durant les 20 dernières années et de diversifier son énergie ». Le journal estime qu’EDF « est un excellent partenaire et le fait qu’il soit étranger est de peu d’importance : ce n’est pas Gazprom et il n’utilisera pas l’énergie comme un outil politique ». Il considère toutefois que la concentration verticale (EDF va produire l’énergie et la vendre aux particuliers et aux entreprises) pose un problème de concurrence et crée des risques. « Ofgem va devoir veiller à ce que le marché ne se ferme pas et que cette concentration n’entraîne pas une hausse des coûts. Si l’arrivée d’EDF est bienvenue, elle ne doit pas se faire au détriment de la concurrence ». C’est aussi l’inquiétude du TIMES : « le rachat de British Energy par EDF est une bonne chose pour la sécurité de notre approvisionnement en énergie, mais risque d’en être une mauvaise pour la concurrence ».
L’enthousiasme du SUN est en revanche sans réserves : « L’approvisionnement en énergie est, avec celui des retraites, un des gros problèmes de notre époque. L’arrivée au Royaume-Uni d’EDF, le grand expert mondial en matière d’énergie nucléaire, est donc sensée. Le gouvernement britannique va empocher des milliards en vendant sa participation dans British Energy et des milliers d’emplois vont être créés grâce aux nouvelles centrales nucléaires. Il est rare de trouver un accord où tout le monde est gagnant, mais c’est presque cela ».
Les autres tabloïds, à l’instar du DAILY MAIL, crient à la « trahison » et dénoncent « l’humiliation » que l’inaction du Labour fait subir au Royaume-Uni : le rachat de British Energy par une entreprise détenue par le gouvernement français. Le DAILY EXPRESS s’inquiète pour l’intérêt national : « non seulement nous risquons de perdre des milliers d’emplois, mais un pays étranger pourrait se trouver dans la position de couper le courant au Royaume-Uni ». « Heureusement que les relations entre nos deux pays se sont améliorées depuis Azincourt et Waterloo. Mais que se passerait-il si les Français vendaient EDF aux Russes ? », conclut le journal./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028