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Semaine du 29 septembre au 5 octobre

SEMAINE DU 29 SEPTEMBRE AU 5 OCTOBRE

Gordon Brown a opéré un rebond cette semaine : le remaniement du gouvernement, avec le retour inattendu de Peter Mandelson, un proche de Tony Blair, devrait faire taire les rebelles. Et la crise financière permet au Premier Ministre de faire valoir ses qualités de gestionnaire. Le congrès des conservateurs semble avoir néanmoins confirmé les qualités de potentiel Premier Ministre de David Cameron. La crise a dominé toute l’actualité internationale, les commentateurs se montrant sceptiques à propos de l’initiative de M. Sarkozy. Quelques articles et commentaires ont été consacrés à l’approbation de l’accord sur le nucléaire civil entre l’Inde et les Etats-Unis, ainsi qu’à la montée de l’extrême droite en Autriche.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Le remaniement du gouvernement Brown

Le retour au gouvernement de Peter Mandelson, ennemi juré de Gordon Brown et qui avait dû deux fois démissionner du gouvernement Blair, a constitué la grande surprise de ce remaniement, « le plus audacieux des temps modernes », selon le TIMES.

Le FINANCIAL TIMES salue « l’audace étonnante » de Gordon Brown et estime que « le retour de M. Mandelson donne du poids à un gouvernement sans éclat et sans grand talent ».

Pour le GUARDIAN, il s’agit du « plus grand coup d’éclat » de toute la carrière de M. Brown : « il a définitivement relancé son mandat et montré qu’il lui reste encore de la ruse politique ». Le journal rappelle que « M. Mandelson est une des icônes de la scène politique britannique. Il divise l’opinion et a de nombreux ennemis, mais M. Brown a fait appel à lui et à son expérience pour éviter l’échec au Labour ».

Mais le retour du « prince de ténèbres » n’est pas sans risques. L’INDEPENDENT doute que l’opinion se laisse facilement convaincre : M. Mandelson a dû démissionner deux fois dans des circonstances mettant en cause son intégrité, son goût de la manipulation et du complot. Selon le journal, la décision de M. Brown peut être un signe de « désespoir ».

« C’est un signe de désespoir et de faiblesse », renchérit le DAILY TELEGRAPH, tandis que le TIMES craint que ce retour ne représente pas un avantage durable : à court terme, les rebelles vont se taire. Mais le sort à long terme de M. Brown dépend de ses actions. M. Mandelson va-t-il l’aider à mener un programme réformiste ou se contenter seulement de faire de la manipulation et de la gestion médiatique (spinning) ?

2. Le congrès du parti conservateur

David Cameron a les qualités requises pour devenir Premier Ministre, mais il n’a toujours pas de véritable politique : la presse a salué la performance du dirigeant conservateur lors du congrès de Birmingham. Beaucoup de commentateurs restent néanmoins sur leur faim.

David Cameron exprime enfin « la vraie voix du conservatisme » : comme le DAILY MAIL, les journaux conservateurs se sont montrés séduits par l’intervention du leader de l’opposition. « Il a fait un discours équilibré », montrant qu’il comprend la situation économique tout en défendant les valeurs traditionnelles » (armée, famille, responsabilité individuelle et critique de l’état envahissant), souligne le DAILY TELEGRAPH qui conclut : « M. Cameron ressemble à un futur Premier Ministre ».

Le DAILY EXPRESS renchérit sur le même thème : « M. Cameron tient un discours sensé et montre qu’il peut sauver le pays ». « Il est prêt », note à son tour le SUN. Le tabloïd du groupe Murdoch, qui avait appelé à voter Tony Blair en 1997, s’incline devant la performance du dirigeant conservateur, tout en relevant « qu’il a encore beaucoup à faire » et qu’il lui reste à « détailler sa politique » : « Le pays est-il préparé à lui faire confiance sur sa personnalité et son instinct seulement » ?

Le TIMES assure pour sa part que les doutes demeurent : M. Cameron a voulu montrer « ses forces et ses faiblesses », répondre aux arguments concernant son manque d’expérience. Mais s’il promet le changement, le pays doit en apprendre davantage sur la nature de ce changement. Un point que reprend le FINANCIAL TIMES : M. Cameron s’en est bien sorti, mais il n’a pas encore convaincu les électeurs de voter pour lui autrement que par hostilité pour le Labour.

La presse travailliste reprend, à l’instar du GUARDIAN, le thème du « flou » : « le gouvernement exige davantage que de l’instinct. Or, M. Cameron dessine une destination qui reste mal définie ». « Il n’avait rien à dire », clame le DAILY MIRROR en ajoutant que « l’intervention de M. Cameron a été remarquable par son manque de fonds ». L’INDEPENDENT est peut-être plus positif (M. Cameron a attaqué efficacement le gouvernement et montré son autorité), mais il lui reproche aussi d’avoir été « décevant » sur l’environnement et la question de l’Europe (il a promis un référendum sur le Traité de Lisbonne).

3. Gordon Brown et la crise financière

« La popularité de Gordon Brown remonte, alors que les marchés s’effondrent » (FINANCIAL TIMES) : une semaine après le congrès du parti travailliste, le Premier Ministre britannique semble avoir gagné son pari et montré que, face à la crise, il est l’homme de la situation.

Le dernier sondage des sondages de l’INDEPENDENT confirme la reprise du Labour, puisque l’avance des conservateurs se rétrécit de 19 à 12. Gordon Brown est perçu comme « le mieux à même de gérer la crise financière » par 43% des électeurs, contre 33% pour David Cameron.

Pour George Parker du FINANCIAL TIMES, « après le sauvetage de HBOS et la nationalisation de Bradford and Bringley, Gordon Brown peut se vanter d’une action énergique qui ne coûtera pas cher au contribuable ». Les conservateurs ont été pris au dépourvu et admettent eux-mêmes que M. Brown a regagné ses galons de bon gestionnaire de l’économie, du moins pour le moment. Le journal critique en revanche George Osborne, Chancelier de l’Echiquier du cabinet fantôme, pour ses propositions « imprudentes » qui feraient peser « un gros risque pour la stabilité financière, alors que la confiance dans les banques est au plus bas ».

Le NewSTATESMAN assure que « la crise a donné au Labour et à M. Brown la chance de montrer, au cours des 18 mois à venir, que leur priorité est de protéger les intérêts des gens ordinaires » : les travaillistes avaient commis une grosse erreur ces dix dernières années en se présentant avant tout comme un parti favorable au business. Il n’est évidemment pas question qu’ils s’y montrent hostiles, mais M. Brown en a clairement donné l’assurance.

« Le meilleur pour ce poste » : l’éditorial du DAILY MIRROR renchérit sur le thème que M. Brown « comprend ce qui se passe et est le mieux placé pour piloter le Royaume-Uni au milieu des convulsions économiques mondiales ».

Le DAILY TELEGRAPH reproche en revanche à M. Brown de ne pas avoir de plan, contrairement aux Américains, pour faire face à la crise financière : « si celui de M. Paulson n’est pas parfait, il a au moins le mérite d’exister ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. La crise financière

Accord pour la tenue d’un sommet mondial et la création d’un fond de soutien pour les petites entreprises, mais non sur un plan de sauvetage plus ambitieux annoncé en début de semaine : tous les journaux avaient annoncé le sommet convoqué par M. Sarkozy, mais les commentateurs s’étaient montrés d’emblée peu optimistes sur ses chances de succès.

Le Sunday TIMES titre sur la division des Etats membres. Le Sunday TELEGRAPH en fait autant, tout en relevant que M. Brown a reçu l’appui de ses partenaires pour la proposition du fond de soutien. Le journal cite également M. Mandelson (au détour d’une interview) qui appelle à une plus grande coopération au niveau européen et dénonce les dangers d’une « nouvelle vague de nationalisme économique » (allusion à l’Irlande et la Grèce. La décision allemande n’était pas encore connue).

Bronwen Maddox du TIMES avait qualifié de « peu plausible » le projet de M. Sarkozy : les divergences d’approche des principaux pays de l’Union sont énormes et, comme le fait remarquer le président de la BCE, l’Europe n’est pas une fédération politique et ne peut donc pas suivre l’exemple des Etats-Unis. « Aucun gouvernement européen ne va utiliser l’argent du contribuable pour sauver les banques d’un autre pays, et les décisions unilatérales ôtent toute chance de succès à une initiative commune ». Pour la journaliste, la présidence française de l’Union a eu sa part de crises : la libération par l’armée française des otages détenus par des pirates somaliens a accrû la réputation de M. Sarkozy. Il en a été de même avec le cessez-le-feu imparfait de l’Ossétie du Sud. Le président français peut même espérer un succès en matière de défense européenne. C’est dans ces domaines que la coopération européenne peut marcher. Mais sur le plan financier, l’intérêt national aura toujours la priorité.

L’OBSERVER estime néanmoins « encourageante » la décision des dirigeants européens de convoquer un sommet du G8 : elle suggère un réel effort pour surmonter les divisions européennes. « Dommage qu’ils aient attendu une crise d’une telle magnitude pour commencer à discuter ».

2. L’accord de coopération nucléaire entre l’Inde et les Etats-Unis

Le feu vert donné par le sénat américain à l’accord de coopération ente l’Inde et les Etats-Unis en matière de nucléaire civil est accueilli avec scepticisme par les médias.

Le DAILY TELEGRAPH admet qu’il s’agit d’un « succès diplomatique » pour le président Bush, qui n’en compte guère depuis son arrivée au gouvernement, mais il estime aussi que cet accord porte atteinte à la lutte contre la prolifération puisque l’Inde n’a jamais signé le TNP. Pour le journal deux dangers sont à craindre : une intensification de la course aux armements avec le Pakistan et la Chine, et une plus grande difficulté à contrôler les ambitions d’Etats comme l’Iran.

Simon Tisdall du GUARDIAN renchérit : si Washington et Delhi jubilent, les experts ne sont toutefois pas aussi enthousiastes. Cet accord devrait en effet encourager l’Iran et le conforter dans son argument selon lequel les pays occidentaux pratiquent la politique du deux poids deux mesures. Tandis que la Corée du nord menace de redémarrer son réacteur de Yongbyon, l’action de M. Bush en matière de lutte contre la prolifération n’est guère impressionnante. Les pressions de l’administration américaine pour obtenir l’accord avec l’Inde ont parfois frisé l’intimidation. M. Bush va quitter ses fonctions alors que les inquiétudes demeurent sur les intentions de la Syrie. Si la Libye a renoncé à ses ambitions, le monde arabe s’inquiète de l’Iran. Pour couronner l’ensemble, l’arsenal nucléaire israélien échappe à tout contrôle. Comme l’Inde, Israël estime pouvoir échapper aux règles. Une question se pose alors : combien de temps ces règles peuvent-elles encore durer ?

Pour le TIMES, ce partenariat est d’une importance économique et stratégique considérable et justifie donc les risques. De plus, ajoute-t-il, avoir rejeté l’accord n’aurait pas renforcé le TNP déjà fragile.

3. La montée de l’extrême droite en Autriche

Le score de l’extrême droite en Autriche inquiète unanimement la presse britannique.

Pour le GUARDIAN, il s’agit davantage qu’un simple vote de protestation : le journal dénonce l’attitude de l’establishment politique autrichien qui veut ne voir dans cette résurgence de l’extrême droite qu’une anomalie passagère. Les électeurs sont en effet en train de tourner le dos aux partis qui ont dominé pendant longtemps la politique du pays en formant des coalitions peu respectueuses du parlement et de la volonté populaire.

« Même si les Autrichiens ont voulu exprimer leur déception vis-à-vis des principaux partis, le résultat de l’élection reflète une hostilité envers l’Europe et les immigrés qui est alarmante », note à son tour l’INDEPENDENT.

THE ECONOMIST cherche les solutions face à une situation « en effet inquiétante » : l’extrême droite prospère toujours lorsque les principaux partis ne tiennent pas compte des préoccupations de l’électorat, notamment en matière d’immigration. Il faut les rassurer en annonçant des contrôles. C’est ce qu’a fait M. Sarkozy en 2007 lorsqu’il a promis de se montrer ferme sur l’immigration et la criminalité et a pu ainsi mettre en échec M. le Pen. Il ne s’agit pas évidemment de céder au racisme et à la xénophobie. Pour l’hebdomadaire, les dirigeants autrichiens devraient abandonner leur virulente opposition à l’idée d’une entrée de la Turquie dans l’Union. /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028