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Semaine du 8 au 14 septembre

SEMAINE DU 8 AU 14 SEPTEMBRE

Même s’il reste profondément affaibli – les sondages et les rumeurs de putsch au sein du parti en apportent la confirmation – Gordon Brown semble avoir marqué quelques points cette semaine : la presse a généralement bien accueilli les mesures annoncées par le gouvernement pour augmenter l’efficacité de l’énergie et abaisser la facture des ménages. Elle a également rejeté les menaces des syndicats (TUC) réunis à Brighton, qui ouvraient, comme le veut la tradition, la saison des congrès. La mise sous tutelle des géants du crédit immobilier américain, Fannie Mae et Freddie Mac, a occupé une place importante dans les médias. Les journaux ont accueilli avec prudence l’accord pour le partage du pouvoir au Zimbabwe. La visite de M. Sarkozy à Moscou a été peu commentée.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Les mesures du gouvernement en matière d’énergie

Gordon Brown a résisté aux demandes formulées par une partie de la gauche d’une taxe exceptionnelle (« windfall tax ») sur les bénéfices des compagnies énergétiques. Mais, pour venir en aide aux familles touchées par l’escalade des coûts, il a annoncé un nouvel investissement pour augmenter l’efficacité de l’énergie. Ces mesures, quoique décriées par les syndicats et quelques députés travaillistes, sont plutôt bien accueillies par la presse.

« Le gouvernement envoie un signal vital. C’est une politique audacieuse, mais c’est de la bonne politique », écrit l’éditorialiste du TIMES. Dans la même ligne, le FINANCIAL TIMES assure que le gouvernement a eu raison de s’opposer aux demandes « populistes » d’une « windfall tax » et d’adopter « une approche à long terme sensée » : se fixer pour objectif l’isolation de tous les logements d’ici 2020 représente une démarche « sérieuse et valable ».

Le très conservateur DAILY MAIL salue une « solution sensée » et applaudit la fermeté de M. Brown : « après une série de désastres politiques, le Premier Ministre mérite un bouquet de fleurs plutôt que la volée de bois vert qui lui est généralement assénée ».

L’INDEPENDENT, le plus écologique des journaux, se montre particulièrement enthousiaste : « pour une fois, Gordon Brown a tenu sa promesse en prenant une décision à long terme pour le pays » Sa décision apporte une réponse à une des causes importantes de l’effet de serre, le gaspillage de l’énergie. Le Royaume-Uni pourrait réduire d’un quart ses émissions de gaz carbonique en améliorant l’isolation des logements. Les syndicats et la gauche du Labour peuvent toujours dénoncer la « trahison » de M. Brown, mais le fait est que le gouvernement a fait un choix progressiste, responsable et bon pour l’environnement.

Le GUARDIAN, proche des travaillistes, est plus réservé : « c’est mieux que rien, mais cela prendra du temps ». Le DAILY TELEGRAPH reproche pour sa part au gouvernement d’être en partie responsable de la hausse du coût de l’énergie, en tardant trop à prendre une décision sur la construction de nouvelles centrales nucléaires. Les mesures annoncées ne résoudront pas les problèmes et risquent de ne pas bénéficier à ceux qui en ont le plus besoin.

2. Le congrès du TUC (Trade Union Congress)

Si les journaux ont titré sur « la colère » et les menaces des syndicats déçus par le gouvernement travailliste, les commentateurs se sont montrés peu enclins à défendre leur cause.

Le DAILY TELEGRAPH sonne l’alerte au « militantisme », tandis que les tabloïds dénoncent le « retour des dinosaures » (DAILY MAIL, SUN). Le DAILY MIRROR (pro-travailliste) invite, lui aussi, les syndicats à « sortir de leur torpeur » et à reconnaître les réalités politiques : ils auraient tout à perdre d’une arrivée des conservateurs au pouvoir.

Le FINANCIAL TIMES reproche aux syndicats de s’être « immobilisés dans les années 70 » et de faire toujours les mêmes demandes irréalistes. Ils ont pourtant obtenu de nombreux succès depuis 1997 (salaire minimum, plus grande protection sociale), mais ont perdu de leur influence et la moitié de leurs adhérents. Ils devraient, selon le FT, « adopter une stratégie de survie » : il leur faut des idées pour rendre leur mouvement plus attrayant.

« Les syndicats ne doivent pas chercher à aggraver les difficultés du gouvernement », renchérit le TIMES, qui déplore les menaces de grève lancées par les délégués du TUC alors que le pays risque une récession économique et que le parti travailliste est impopulaire. La relation entre le Labour et les syndicats n’est pas particulièrement stable. Elle doit faire l’objet de soins et être menée dans la transparence. Ayant perdu sa crédibilité en matière de politique économique, le gouvernement doit mettre l’accent sur la limitation des hausses salariales. Les syndicats doivent, de leur côté, accepter qu’ils représentent un groupe d’intérêts mais qu’ils ne décident pas de la politique menée.

Le GUARDIAN prône le compromis : même s’ils ont perdu de leur influence, les syndicats restent une partie vitale de la société civile, étant parfois la seule voix à défendre les plus défavorisés. Le gouvernement doit abandonner ses craintes, mais les syndicats doivent, de leur côté, parler le langage de la paix. Les grèves du secteur public touchent généralement les plus vulnérables et n’ont que peu d’effets sur la politique du gouvernement. De nombreux progrès ont été réalisés : salaire minimum, flexibilité des horaires. « L’introduction progressive du changement est souvent plus efficace que les avancées obtenues par les conflits ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. La mise sous tutelle des géants du crédit immobilier américain

La presse estime que le Trésor américain, en « nationalisant » Fannie Mae et Freddie Mac, a opté pour une solution « nécessaire ». Elle invite le gouvernement britannique à suivre son exemple. Certains commentateurs assurent toutefois que c’est une stratégie « à haut risque ».

Le TIMES salue « l’audace » des autorités américaines « qui ont fait passer en priorité les besoins du système financier et de l’économie » : « les Etats-Unis ont de la chance d’avoir un Secrétaire au Trésor qui comprend à quelle vitesse cruelle les marchés peuvent réagir ». Le journal appelle le gouvernement britannique à s’inspirer de cette démarche pour mettre au point sa propre stratégie.

« Il n’y avait pas d’autre solution », renchérit le FINANCIAL TIMES, soulignant que le gouvernement américain « a pris la bonne décision et évité l’effondrement du marché de l’immobilier ».

Le GUARDIAN reconnaît que, « sans la décision du gouvernement américain, le ralentissement économique aurait pu tourner à la dépression ». Mais il souligne aussi que c’est une solution qui ne résout pas les problèmes du Royaume-Uni et qui, à long terme, ne règle pas les carences évidentes du capitalisme. La situation du Royaume-Uni est plus grave que celle des Etats-Unis : la bulle du marché de l’immobilier est plus importante ; l’économie ne donne pas les mêmes signes de reprise qu’en Amérique. Il y a encore des maux à attendre, et il faudra des dizaines d’années pour répondre à toutes les questions posées par la crise du crédit. L’Etat a encore un rôle central à jouer pour protéger les plus vulnérables. Les grandes banques ne peuvent être tirées d’affaire que par les gouvernements. Les entreprises doivent être réglementées pour éviter les excès sous toutes les formes. Mais en attendant, le système financier mondial a été pris en défaut, et il faut le soutenir pour sauver les citoyens des conséquences d’un échec dont ils ne sont pas responsables et pour permettre la reprise et la réforme.

Pour l’INDEPENDENT, le Trésor américain a pris une initiative « nécessaire » pour protéger l’économie nationale. Le gouvernement britannique et la Banque d’Angleterre devront probablement faire la même démarche. Mais, il viendra un moment où il faudra rendre des comptes : les banques, qui ont agi de manière irresponsable et ont conduit à la crise, devront être soumises à des contrôles qui les empêcheront de recommencer : « la crise du crédit n’est pas seulement un échec du marché, c’est aussi un échec de la réglementation ».

Le DAILY TELEGRAPH s’interroge sur « la stratégie à haut risque » du Trésor américain qui, sous un gouvernement républicain, vient de nationaliser deux géants du crédit immobilier sous les acclamations générales. Pour le journal, il s’agit pourtant « d’une réponse socialiste à l’échec du marché ». Cette démarche ne doit pas encourager les ministres des finances du monde entier, y compris du Royaume-Uni, à penser que les mises sous tutelle publique, qui ne sont en fait que des nationalisations traditionnelles, sont la seule solution face aux échecs du système financier. Les gouvernements ne gèrent pas mieux les institutions financières qu’ils ne gèrent la construction automobile. « L’intention de Washington était peut-être de consolider le rêve américain, mais il ne faut pas oublier que celui-ci est fondé sur le capitalisme et la liberté des marchés ».

2. L’accord au Zimbabwe

Les commentateurs ont accueilli avec prudence l’accord sur la formation d’un gouvernement d’unité nationale au Zimbabwe.

La presse admet que la solution retenue permet au pays de sortir de l’impasse et elle met ce développement au crédit du président sud-africain, Thabo Mbeki. Mais le scepticisme demeure.

C’est un accord « fragile », assure le FINANCIAL TIMES qui rappelle que MM. Mugabe et Tsvangirai « se méprisent mutuellement ». Ce dernier « a fait un énorme pari en choisissant de coopérer avec son adversaire. Il a néanmoins l’atout d’être le seul à pouvoir attirer l’aide étrangère », conclut le FT.

« Tant que l’on ne connaît pas les détails de l’accord, il est difficile de savoir si le pays s’est débarrassé de l’emprise de M. Mugabe », renchérit le TIMES qui engage la communauté internationale à apporter son soutien à M. Tsvangirai.

L’INDEPENDENT voit dans les derniers développements une « petite chance d’espoir » à condition que M. Tsvangirai réussisse à « marginaliser M. Mugabe et sa bande d’escrocs ». Un point que reprend David Blair dans le DAILY TELEGRAPH : « si M. Tsvangirai joue habilement, il pourra devenir le premier chef d’opposition à entrer dans le gouvernement Mugabe et à éclipser le président ».

III. AFFAIRES EUROPEENNES

La visite de M. Sarkozy à Moscou

« La Russie accepte un nouvel accord pour le retrait de ses troupes de Géorgie » : les principaux journaux ont tous titré sur cette information, sans toutefois faire beaucoup de commentaires.

« Il s’agit d’une percée », pour le FINANCIAL TIMES, tandis que le GUARDIAN assure que cet accord « semble représenter une réussite majeure pour M. Sarkozy ». Le journal rappelle que le président de la République s’était fait critiquer après le refus de Moscou de mettre en application l’accord de cessez-le-feu du 12 août.

Le DAILY TELEGRAPH cite les propos de M. Sarkozy sur la « négociation fructueuse » menée avec M. Medvedev, mais relève aussi que le président russe « a cherché à gagner du temps », sans vouloir revenir sur la question de l’indépendance de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie. Le SUN estime pour sa part que M. Sarkozy ne doit pas crier victoire avant que les Russes aient tenu leur engagement.

THE ECONOMIST s’interroge sur le poids de l’Europe : « la mission de M. Sarkozy reposait sur le bluff, et l’accord conclu le 8 septembre fait l’impasse sur de sérieux problèmes. Elle n’aborde pas le retrait des troupes russes d’Ossétie du sud et d’Abkhazie, et les réponses aux questions des observateurs et du retour des réfugiés restent confuses. Et les Russes, à bien des égards, se préoccupent peu des européens ». /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028